Mélissa Laveaux : « Je suis gourmande des mots »

L’autrice-compositrice-interprète canadienne, d’origine haïtienne, et Française d’adoption, dont le travail illustre de multiples influences musicales et un engagement féministe, est accueillie sur le festival La Tempora du Grand Narbonne.

Mélissa Laveaux - Photo © Adeline Rapon
Mélissa Laveaux - Photo ©Adeline Rapon

La Tempora du Grand Narbonne, festival itinérant et accessible à tous, est très fière de vous accueillir cet été. Qu’est-ce qui vous attire dans ce type de rendez-vous mêlant chanson française et musiques du monde ?

La musique. Je compose, j’écris, je joue de la musique parce que je suis accro à la sensation du roulement de sons qui part de mon ventre et qui est projeté vers un public. Je suis gourmande des mots, qu’importe la langue, mais surtout quand les langues se mêlent.

La Tempora célèbre cette année, la rencontre et la convivialité retrouvée. Dans quel état d’esprit avez-vous repris le chemin de la scène et des festivals ?

J’ai passé deux années à éviter le convivial parce que je suis une personne à risque et cela m’a poussée à approfondir mes amitiés et mes familles choisies. Heureusement, entre artistes, on peut souvent trouver des points de rencontres par le biais de nos musiques.

Vous êtes née au Canada, d’origine haïtienne et vous avez posé vos valises à Paris. Qu’est-ce qui a guidé votre choix pour la France ?

J’ai signé dans une maison de disque française à l’âge de 22 ans. Ensuite je me suis mariée. Et maintenant, divorcée, j’ai monté ma propre société d’édition musicale en France. Il s’agit donc d’un mélange entre le professionnel et le personnel.

Vous êtes autrice, compositrice et interprète, passionnée par les mots, quelles sont vos influences littéraires et musicales ?

J’écoute tout et je lis tout tant que ça a la capacité de me mouvoir. Je ne saurais rester sur deux-trois autrices ou musiciennes pour répondre à cette question !

Vous chantez en créole, en français et en anglais, qu’est-ce qui guide le choix de la langue dans laquelle vous écrivez ?

Le choix de la langue dépend de la musique et de la personne à qui je m’adresse.

Avec déjà quatre albums à votre actif, comment qualifieriez-vous l’évolution de votre parcours artistique ? Une quête personnelle ?

Des exploitations musicales. J’aime voir jusqu’où je peux aller. J’essaie de ne pas trop me répéter et d’apprendre quelque chose de neuf à chaque album.

Dans votre dernier album, vous célébrez le courage des femmes. Quels messages et quelles valeurs souhaitez-vous transmettre au travers de ces berceuses ? Quelles sont les femmes, connues et moins connues, qui vous inspirent ?

Les personnes qui ont eu la force de s’exprimer contre les injustices alors que ça leur a coûté leur carrière m’ont toujours inspirées mais aussi les personnes qui, de par leur vécu, leur présence, en tant que personne pionnière dans un milieu inconnu, où on est jamais attendu.e.s et où il n’y a aucun tapis rouge ou de coup de main pour nous accueillir, ce sont les personnes qui m’intéressent le plus. Souvent ces personnes se sont retrouvées emprisonnées. Je pense à Hazel Scott, connue pour jouer deux pianos à la fois, qui a eu une carrière étouffée par le maccarthysme. Aujourd’hui, heureusement, on parle d’elle et on lui rend hommage. Mais il aurait été mieux de le faire de son vivant.

Merci Mélissa, et pour finir, un dernier mot à nous confier sur vos projets à venir ?

Ça reste secret !